Les contres de pénalité

Publié le par Tonton1

Les contres de pénalité.

Marshal Miles ; bridge World avril 2012 ; p34

Souvent un joueur fera un contre d'appel en espérant que le partenaire le transformera en pénalité. Il est en général facile d'estimer la valeur d'un contre d'appel, mais quelles sont les exigences pour un contre de pénalité ? Évidemment vous ne contrez pas chaque fois que vous pensez battre le contrat. Une bonne stratégie tant en paires qu’en PL demande une marge de sécurité, même faible, de manière que le contre ne permette pas au déclarant de faire son contrat en plaçant les cartes. Et certains contrats ne doivent jamais être contrés : ne donnez pas aux adversaires une chance de trouver un autre contrat que le seul qu'ils ne peuvent pas gagner. Ne contrez pas une enchère forcing sauf si vous êtes sûr que les adversaires choisiront un autre contrat et qu'il est important d'indiquer une entame (ou de suggérer un sacrifice).

Une enchère faite sur un sacrifice de votre part est un cas spécial. Supposons que vous ayez sacrifié à 5K sur 4P et que les adversaires disent 5P. En général vous ne devez pas contrer. En PL il y a peu à gagner (si vous sacrifiez sur 4, combien de fois battrez-vous 5 de plus d'une levée ?) ; En paires, le rapport entre gains possibles et pertes possibles rend le contre fortement contre indiqué : si les adversaires ont été poussés trop haut, vous obtiendrez un très bon résultat sans le contre. S'ils font leur contrat ils ne marqueront pas plus en gagnant 5 qu’en jouant 4. La seule manière d'avoir une mauvaise note est de contrer et de ne pas battre. Même si le sacrifice était fantôme, ne pas contrer ne coûtera probablement pas grand-chose : vous marquerez plus que si vous défendez plus bas.

Certains contres de pénalité ont des implications directrices d'entame. Un contre de 3SA demande l'entame de la couleur du contreur ou de celle du partenaire s'il est le seul à avoir parlé, ou sinon de la couleur du mort (ou d'une de ses couleurs). Cependant ces règles ne doivent pas être appliquées à l'aveuglette.

1K () 1C (1P)//2P () 3K ()//3P () 3SA//passe (í).

Ce contre demande l'entame T. La façon la plus simple de demander l'entame P est de contrer 3P. Puisque le contre ne demande pas l'entame P, pourquoi T plutôt que K ? Par ce que le déclarant a montré une préférence K.

Examinez aussi l'implication négative du fait que le contreur n'a pas soutenu.

1K (1P) 3K ()//3SA () passe (í). Demande l'entame P parce que le niveau 3 a empêché E de montrer un soutien à P plus tôt. Mais après

1K (1P) 2T ()//2SA () 3SA (í) où E a laissé passer une chance de dire 2P, la force du contreur doit largement être à T. En général l'entameur doit faire preuve de jugement.

Le contre d'un chelem demandé en enchères compétitives demande en principe au partenaire de ne pas reparler, soit dans l'espoir de gagner quelque chose ou en sacrifice ; c'est le sens normal du contre quand les 2 camps ont parlé. Cependant le contre d'un chelem demandé volontairement demande une entame anormale. Certains joueurs suivent un ensemble compliqué de règles qui donnent une réponse automatique. Une telle approche est trop rigide. Il est préférable de contrer pour une entame inhabituelle que le partenaire n'aurait pas faite sans le contre, et de laisser le partenaire utiliser son bon sens. Après :

1T () 1P ()//3P () 6P ()//passe (í) le contre demande probablement l'entame T. Mais si E a :

Xx, V9xxxxx, D10, x il doit entamer C en imaginant que la partenaire est chicane C. W a peu de chances de contrer avec plusieurs T commandés par AR ou AD ; s'il a une courte à T avec des levées de tête, il les fera probablement de toute façon ; s'il est long à T, le déclarant peut être court. W ne peut pas non plus avoir contré avec seulement l'AT puisqu'il n'a aucun moyen de croire que E est singleton.

Vous pouvez arguer que E aurait entamé C sans le contre, en espérant une coupe mais cette théorie est fausse. Si le partenaire peut, de manière inattendue couper quelque chose, il demande une entame inhabituelle. S'il ne contre pas, faites une entame agressive normale, à K. E ne peut pas perdre du temps avec une entame C à moins de savoir que ce sera utile. Par ailleurs, le contre d'un chelem demandé volontairement doit seulement être fait pour augmenter les chances de battre. Si vous pouvez obtenir du partenaire qu'il entame une couleur que vous coupez, ne vous inquiétez pas d'où viendra l'autre levée.

Si vous avez nommé une couleur et que les adversaires atteignent 6 ou 7 SA, le partenaire essaiera-t-il une entame extravagante ? Non, il entamera presque certainement votre couleur plutôt que faire un saut dans l'inconnu. Si vous ne voulez pas qu'il entame votre couleur, vous devez contrer. Les règles de contre de chelem s'appliquent, pas les règles de contre de 3SA. Un contre de 7SA (après intervention) est le plus facile. Il peut manquer un A aux adversaires. Le partenaire doit en général entamer sa couleur la plus longue autre que la couleur d'intervention. Pourquoi la couleur la plus longue ? Plus votre couleur est longue et moins de levées les adversaires pourront faire dans cette couleur. Donc si vous entamez votre couleur longue ce ne sera probablement pas fatal si l'A du partenaire est ailleurs. Il peut n'y avoir pas assez de levées affranchies. Mais si vous entamez une couleur courte (probablement une longue adverse) et que le partenaire n'a pas cet A, vos chances seront très faibles.

Un type de grande fréquence d'application est le contre d'une enchère artificielle : une réponse au Blackwood ou tout autre réponse par palier, une enchère de contrôle, un Qbid. La plupart des joueurs sont conscients de la possibilité de contrer par exemple une réponse au Blackwood pour demander une entame et ils savent ce que le partenaire demande en contrant. Cependant, en tant qu'entameurs ils oublient parfois l'implication négative tout aussi importante de ne pas contrer. Le joueur en position de contrer pour orienter l'entame doit être également conscient que, bien que ne pas contrer soit moins contraignant que contrer, l'entameur peut n'avoir aucune autre information que la référence négative déduite d'une telle absence.

Avec une surprise pour les adversaires, vous pouvez être confronté au choix d'orienter l'entame par un contre fait en cours d'enchères ou d'attendre que les adversaires arrivent au chelem et contrer alors pour une entame inhabituelle. Prendre le taureau par les cornes et faire un contre directeur d'entame est en général moins risqué.

Les contres de chelem peuvent être très risqués mis à part les chicanes. Parfois vous serez incapable de contrer tout contrat final avant 7 avec certitude. Il est plus sûr de faire connaître au partenaire l'entame que vous souhaitez de manière qu'il puisse agir en conséquence, quel que soit le contrat final. Orienter l'entame avant le contrat final vous donnera un score plus faible si vous battez le contrat, mais à long terme il est payant de ne pas laisser les adversaires gagner un contrat qui peut être battu. Bien sûr si les adversaires croient à votre indication d'entame ils peuvent s'arrêter avant le chelem. Si c'est le cas ils feront de même si vous faites un contre d'entame psychique.

 

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