Comment utiliser les contres

Publié le par Tonton1

Les contres flous.

A. W. BOEHM. Bridge World de juin 2010 page 26.

 

Le passé. « Dans le bridge moderne, les contres de pénalité sont de moins en moins à la mode ». Une remarque actuelle ? pas tout à fait. C’était dans le bridge World mais la date est 1968. L’auteur, Jeff Rubens, présentait quelques contres « nouvelles frontières », dont certains tel le contre d’essai (maximal overcall double), comme il est bien prédit, est rapidement devenu populaire. Une majorité de types de contres qu’il a présentés se produisent quand une couleur a été soutenue ce qui est très différent des séquences où un intervenant a nommé une couleur en aveugle. Les contres de couleur soutenue, défend-il avec force, ne doivent pas être définis comme des pénalités unilatérales mais comme « informatifs » (pensez appel).

Par exemple, si vous ouvrez de 1C et que la séquence continue (2K) – 2C – (3K) - ? à nouveau à vous, est-il préférable de disposer d’un contre de pénalité avec quelque chose comme xx, Axxxx, DV 109, AR ou d’un contre d’essai utile avec RDV, AVxxx, x, AV 10x ?.

La première main est parfaite pour un contre de pénalité : levées rapides plus force d’atouts, cependant le partenaire peut l’enlever s’il est très court à K avec peu de défense, privant votre camp d’une pénalité juteuse. De plus le contre est perdu en recherche des possibilités de manche. Il serait efficace avec la 2° main en suggérant une courte à K avec intérêt de manche et, puisqu’il est très spécifique, il permet au partenaire d’évaluer précisément les possibilités de manche ou de défense. Il est plus probable que les valeurs défensives, levées d’atouts plus défense externe soient partagées plutôt que dans une seule main de sorte que le traitement d’appel est un générateur de pénalité plus efficace en l’utilisant en essai de manche.

Pour éviter l’abus du dispositif, l’inventeur déconseille d’utiliser le contre d’essai (ou ses extensions) avec trop peu de défense ; il ne faut pas contrer 3K avec une main d’essai de manche analogue à : xx, ARxxxx, x, RDxx. Un objectif de ce traitement est de donner au partenaire une sécurité s’il passe sur le contre en garantissant une bonne base de défense.

Dans la situation analogue du contre négatif il est bon de rappeler qu’il n’est pas correct de contrer en pénalité une intervention à 4K sur ouverture de 1P du partenaire (quand le standard du bridge World définit les contres négatifs jusqu’à 3P) avec xx, xxx, RD10x, xxxx. Le répondant n’est pas préparé à une redemande quand l’ouvreur a un bicolore ou un unicolore médiocre. Ce type de contre de haut niveau doit être réservé à un type de main plus courant tels que Vx, Rxx, Vxxx, ADxx où 4K contré est bon quand l’ouvreur a une main normale et où les valeurs convertibles du répondant permettent à l’ouvreur de reparler avec beaucoup de distribution.

Une autre sorte de contre nouvelles frontières se produit quand le donneur ouvre de 4C, V/NV en paires avec
6, ADV 10432, 8, DV 109. L’AdvG intervient à 4P suivi de 2 passes. « Un contre est évident » dit l’auteur. Un contre de pénalité serait illogique pour une ouverture de barrage en 1° ou 2°. (Si l’intervention était 5T, l’ouvreur serait content de passer. Le partenaire ne pense pas que 5C gagne et il y a de bonnes chances de battre 5 T : Si 5 T gagnent les adversaires peuvent avoir un grand chelem dans une autre couleur ; en tout cas, pourquoi leur permettre de trouver un meilleur fit ?).

Rubens définit ce type de contre comme volonté soit de parler soit de défendre en laissant le choix final au partenaire. Mais pour aider le partenaire à décider il impose que le barreur doit avoir l’A de sa longue de sorte que le répondant puisse passer avec un singleton dans les cas limites. Cette exigence spécifique a des implications importantes car il élimine une partie de l’incertitude de la décision du répondant, clé pour le bon fonctionnement des contres coopératifs.

Environ une décade plus tard, dans le numéro de septembre 1979 Ken Lebensold (qui a été mon rival à Columbia et auquel mon père a attribué à tort la convention Lebensohl) a écrit un article intitulé les contres d’action.

Les prémices de Lebensold étaient que les contres ne doivent être définis comme strictement pénalité ou appel que dans des situations très précises telles que la première entrée dans les enchères à un haut niveau. Les autres contres doivent être définis « action » (pensez coopératifs).

Pour l’illustrer il a présenté ARxxxx, Rx, RV, Axx. À vulnérabilité favorable vous ouvrez de 1P, le partenaire dit 1SA forcing et vous contrez l’intervention adverse à 2C. L’auteur a écrit « incertitude garantie ». Cette phrase marque peut-être la naissance du mot favori des intervenants du Master solver club, « flexible », bien que les contres et passes soient intrinsèquement plus flexibles que les enchères. Les ramifications de « l’incertitude » ont été immenses.

Fondamentalement ce type de contres d’action décrit une main qui a de bonnes valeurs en attaque ou en défense, au moins un doubleton dans la couleur d’intervention sans enchère descriptive. 3P ou 2SA offrirait une bonne description, mais le contre préserve les possibilités défensives et évite de favoriser une option plutôt que l’autre en attaque. Avec cette définition précise l’ouvreur peut espérer que le partenaire prenne une décision intelligente. Si le répondant décide de ne pas tenter la pénalité, le bas niveau de la séquence laisse beaucoup de place pour explorer.

Dans le même genre d’idée, les 2 camps vulnérables, vous avez xxx, AR 10xxx, xxx, A. Le partenaire ouvre de 1T, l’AdvD passe, vous dites 1C, l’AdvG intervient à 1P ; le partenaire dit 2T et l’AdvD se réveille à 2K. Plutôt que se lancer à 3C avec une couleur médiocre et des K et des P douteux basez-vous sur vos valeurs défensives pour utiliser un contre d’action. Sur la donne originelle le partenaire aurait eu un passe facile avec Ax, Dx, Dxx, RDVxxx et le résultat aurait été + 800 (alors que 4C peuvent être battus).

Comme l’avait fait Rubens, Lebensold a prévenu contre les abus en donnant cet exemple :
xx, AD 10x, A 10, ADxxx. Supposons que vous ouvriez de 1T, le partenaire dit 1P et l’AdvD intervient à 2K. Il faut dire 2C plutôt que contrer. Il faut fortement préférer une bonne enchère descriptive quand elle est disponible ; vous ne souhaitez pas défendre contre 2K contré quand le partenaire peut avoir un fit C non révélé. Changez un petit C en petit K et un contre d’action serait le bon choix. Si l’intervention était 2C il faudrait que l’ouvreur passe (en tempo !) et le répondant pourrait réveiller par contre.

Les contres coopératifs comptent une ascendance longue et respectable. Revoyez la note de S. J. Simon des années 1940 sur l’utilisation du contre d’une intervention comme « proposition au partenaire ». Bien avant l’invention des contres négatifs, Simon a suggéré de contrer une intervention à 2K sur l’ouverture de 1P du partenaire avec x, Rxxx, V 9x, ADxxx.. Ses partenaires étaient entraînés à traiter ces contres comme coopératifs. Dans son environnement préféré de Parties Libres, si 2K contré gagne très rarement, ce n’est pas la fin du monde. Il définissait les ingrédients nécessaires pour contrer : courte dans la couleur du partenaire, quelques atouts par 1 honneur, des valeurs défensives et assez de force pour que son camp ait une nette majorité de H en attaque ou en défense. Ces principes classiques non seulement éclairent les «contres Simon » mais établissent les meilleures bases pour les contres « de force » modernes. Oubliez les conditions à vos risques et périls.

Une forme de contre proposée par Simon peut-être le choix logique dans le contexte actuel, même sans discussion préalable. Par exemple vous avez Vxx, R 10x, xx, AVxxx. Le partenaire ouvre de 1K, vous répondez 1SA, et l’AdvG dit 2C suivi de 2 passes. Un contre est évident : force maximum, longueur maximale dans la couleur adverse et courte dans la couleur du partenaire. Si l’ouvreur passe avec des C analogues aux vôtres (ou plus) et une défense globale décente, le contre sera bon. Si l’ouvreur reparle à cause d’une courte à C il connaît à peu près votre distribution et parle en conséquence. Ce contre « de force » particulier est essentiellement auto défini à cause des contraintes imposées par la réponse de 1SA (pas de majeure 4°, 6 – 10 H) et de l’absence d’enchère mineure sur 2C.

Tout au long de l’histoire initiale et médiane du bridge contrat, des contres coopératifs ont été utilisés. Les présupposés sous-jacents étaient qu’il y a de nombreuses séquences compétitives qui sont difficiles à moins de pouvoir préserver plusieurs options, et le contre est le préservateur vital. Abandonner le contre traditionnel de pénalité « obligée » en faveur soit d’un contre flexible soit d’un contre d’appel (en fonction de la séquence spécifique) peut parfois perdre une grosse pénalité mais les avantages le compensent largement.

Pour le développement de cette idée les théoriciens mentionnés acceptent un passe du partenaire sur un contre flexible ou informatif parce que les exigences défensives de base, telles que Levées Rapides et misfit du partenaire, étaient les composantes clés. Notez aussi que dans la progression chronologique de Simon à Rubens et à Lebensold, la définition du contre a été progressivement transformée du plus spécifique au plus général.

Le présent.

Venons-en aux temps modernes et examinons l’exemple A de septembre 2009 du Master solver club où vous avez en S ARV 9, 2, A, D 1086542. En paires, EW vulnérables, vous ouvrez de 1T, W dit 1P, le partenaire contre et E passe. 8 des 27 panelistes ont passé ; les autres ont parlé à T. Bien sûr les conditions de paires et la vulnérabilité ont persuadé presque 30 % de ces experts de jouer la pénalité et bien sûr passe peut être le bon choix. Mais bien sûr l’inverse est fort possible. Si le partenaire a x, Axxx, xxxx, RVxx c’est un contre de routine. EW feront probablement 1P contré alors que 6T sont sur table en NS. Bien sûr ce n’est qu’une main (tragi-comique) que certains pensent inévitable.

L’exemple B où, en IMP, V/NV vous avez x, RV, Axx, ADxxxxx. Vous ouvrez de 1T, le partenaire dit 1C et l’AdvD dit 1P. Vous dites 3T, l’AdvG dit 3P et le partenaire contre, passe et c’est à vous. Comment définissez-vous ce contre dans votre paire ? il ne peut pas être utile de le définir comme purement en pénalité dans une couleur soutenue et position soumise. Le message est : « j’ai une bonne main ; fais quelque chose ». Que faut-il faire ?.

Si nous mettons notre casque de réflexion et envisageons que le partenaire a

(z) DVx, Axxxx, Rxxx, x

nous estimerons que 3P contré chutera bien et qu’aucune manche ne vaut la peine. Mais alors une autre possibilité nous vient à l’esprit. Et si le partenaire a :

(y) xxx, AD 10xx, 10xx, RV ?

cette main parfaite procure 12 levées. Bien qu’il soit difficile de demander un chelem après ce début, nous devrions pouvoir demander la manche et éviter de livrer – 530 en défendant contre 3P contré[1].

Ce sont des exemples extrêmes qui favorisent la défense ou l’attaque ; le partenaire pourrait avoir quelque chose d’intermédiaire, peut-être

(x) Ax, Dxxxx, DVxx, xx

où 3P contré chutera en général et où une manche NS n’est pas très probable.

Ayant survolé ce territoire nous avons peine à trouver le plus judicieux. Le degré de fit trèfle et la présence ou l’absence de levée à P dans la main du contreur font une grosse différence, mais un contre « de force » ne transmet pas ces messages. Avec aussi peu d’informations cruciales, comment le partenaire du contreur peut-il prendre une décision intelligente ?.

Voici l’exemple C du bulletin de l’ACBL de décembre 2009

(w) D65, AR 3, V 3, ARV 64. En paires, personne vulnérable, vous ouvrez de 1T, le partenaire dit 1P et l’AdvD barre à 3K. Et maintenant ? bien que le système en vigueur soit le standard américain Yellow Card, 11 des 17 panelistes ont contré malgré la définition en pénalité. Plusieurs panelistes en conviennent en parlant d’un admirable contre
« de force »[2].

Qu’est-il arrivé au bridge pour que les experts modernes ne puissent pas supporter d’abandonner le contre flou même quand il viole le système agréé ?. Les contres aléatoires me heurtent comme des actions de fuite devant la responsabilité et ils transfèrent la difficulté à un partenaire mal informé. De manière inconfortable, c’est très analogue à ce qui va mal dans le monde moderne en dehors du bridge : beaucoup d’énergie dépensée pour déplacer le blâme et fuir la responsabilité.

Est-il bon d’appeler ce type de contre « flou » ?.

Bien sûr. Quant un contre, ou toute autre déclaration est un choix omnibus utilisé pour « résoudre » tous les cas difficiles dans une situation donnée, en absence de stricts accords sur des paramètres définis, le flou est simplement au coin de la rue. Les vieux abonnés se souviennent de l’époque où le master solver club était submergé de Qbids tardifs utilisés pour reporter la solution d’un problème, ou pour meubler un tour d’enchères, dispensant, comme Edgar Kaplan avait l’habitude de dire de sa manière sarcastique à froid
«lueur rose mais peu de lumière ». Peut-être les avocats des contres modernes diraient que mieux définir les facteurs seraient perdre en flexibilité. Et ce serait vrai, mais une flexibilité trop large mènera le partenaire dans un marécage, où il aura besoin de bien deviner pour éviter les alligators. Et les contres flous sont plus propices au désastre que les Qbid spécieux. Tout le monde sait qu’un Qbid est forcing et le partenaire peut retomber sur ses pieds. Mais après un malheureux contre flou transformé c’est le folklore.

Reprenons le contre dans l’exemple C et supposons qu’il soit « de force ». Quand le répondant doit-il transformer si sa main est incertaine ? supposez que en face de la main (w) N ait : (v) RV 10xx, Dx, 10xx, Dxx. NS battront sans doute 3K d’une levée bien qu’un barrage 1 – 4 – 7 – 1 rendrait le contrat sur table. Mais 4P peut gagner. Le répondant peut hésiter à passer ; mais s’il ne passe pas que peut-il dire ?[3].

Essayons encore : (u) ARxx, xx, xxx, Dxxx. Avec un bon fit pour l’ouvreur est-ce un véritable appel pour 4T ou 5T ? l’ouvreur pourrait être 3433 avec une levée de K et 3K contré meilleur ? cependant en face de (w), 5T sont pratiquement sur table et la pénalité à 3K risque d’être insuffisante.

Examinez aussi le style poids plume actuel. Si le répondant peut être pratiquement nul l’ouvreur n’a pas la sécurité pour reparler de manière coopérative à haut niveau. Il est évident qu’il faut plus de contraintes pour qu’un contre
« de force » soit utile, particulièrement en IMP.

Est-ce que des modes de réflexion anciens peuvent aider dans de tels cas ?. Parfois. Rappelez-vous les définitions pour ne pas contrer quand une action constructive utile est disponible. Supposez que S essaie d’atteindre un contrat noir en disant 3C avec (w) D 65, AR 3, V 3, ARV 64. C’est délicat mais ça accomplit un raisonnable travail offensif : 3C montre une réserve de force et implique un long T ; si un soutien à C est obtenu, l’ouvreur peut corriger à 4P pour atteindre un fit 8° et 3C peut ouvrir la porte à 3SA ou à une redemande P du répondant. Bien sûr le contre préserve une pénalité possible quand le répondant est fort à K, mais avec beaucoup de mains où le répondant passerait sur un contre d’action, 3SA aurait de bonnes chances.

Si nous modifions la main de l’ouvreur en : (w2) Dx, ARx, Vxx, ARVxx nous avons atteint la limite[4]. Ici contrer 3K semble le mieux puisqu’il n’y a pas d’alternative agréable. Mais quand nous faisons un contre d’action avec cette main qui à moins de potentiel offensif et un atout défensif supplémentaire, si le partenaire, dans le doute, le transforme, il y a plus de raisons d’espérer que 3K contré sera le mieux.

Défloutage.

Comment peut-on déflouter les contres coopératifs sans les restreindre au point qu’ils perdent leur utilité ?. Une manière de préparer aux passes du partenaire est d’insister pour qu’un contre « de force » montre une tendance maximale pour parler sans direction spécifique évidente. Ainsi dans le contexte de l’exemple B, après
1T (-) 1C (1P)//3T (3P) ? il ne faut pas contrer avec xxx, ADxxx, 10xx, RV ce qui montrerait une absence de levées à P et un misfit de la couleur du partenaire. L’enchère de 5 T peut ne pas marcher au mieux mais elle est raisonnable et explicite. (Tous les autres exemples de cet exercice auront une levée d’atout et pas d’honneur T).

Dans le problème D du Master solver club de février 2010, dans la séquence

1C (2T)í(3T)//í(-) 3K (-)//3C les experts ont été sérieusement divisés sur la question de savoir si 3C est ou n’est pas forcing[5]. Le directeur Rubens a fait le commentaire que le sens de 3C dépend dans une large mesure du sens de son contre précédent et les panelistes en ont donné 7 interprétations différentes.

Les contres coopératifs sont très utiles et doivent rester mais il est clair qu’il faut pouvoir mieux les interpréter. Ils ont commencé avec des définitions très précises mais ont évolué, si c’est le bon terme, vers de vagues généralités, tellement vagues que ces contres sont maintenant des patates chaudes. Il serait intelligent de réduire leurs charges en précisant les contraintes ou en transformant certains d’entre eux en contres de pénalité ou en contres d’appel plutôt que quelque chose d’amorphe.

Examinons quelques séquences candidates à définition plus précise ou nouvelle. Supposez que vous ayez
x, Rx, Rxxxx, Axxxx et que vous répondiez 1SA à l’ouverture de 1P du partenaire et que l’adversaire de gauche dise 2C suivi par 2 passes : 1P (-) 1SA (2C)//- (-)[6] ?. Contrairement à la réponse de 1SA décrite précédemment en réponse à 1K, cette réponse de 1SA recouvre un large domaine en force comme en distribution qui brouille le sens potentiel d’un contre. Si le contre est défini comme coopératif, l’ouvreur doit avoir une certaine longueur à C ou de la force pour le transformer. Combien ? c’est une bonne question puisqu’il est possible d’avoir une grande différence de défense entre 2 petits ou D 3° à C chez l’ouvreur.

Un problème lié est ce que signifierait un contre de l’ouvreur sur 2C. S’il est d’appel, le traitement moderne populaire, alors il est cohérent de classer le contre de réveil comme appel pour tenir compte d’un possible passe piège de l’ouvreur. Malheureusement comme il n’y à aucune raison que l’ouvreur soit long à C, traiter le contre du répondant en appel est contre les probabilités : quand le répondant ne soutient pas P aux 2 tours il doit être court. Malgré l’intervention à C, il n’implique pas une courte à C ; de plus une partie du temps où il est court dans les 2 majeures il aura un unicolore ou un bicolore très marqué et il ne contrera pas de toute façon.

Si le contre de l’ouvreur est le vieux pénalité avec grande force C il y a plus de raison pour que le contre de réveil soit de pénalité ce qui au moins s’accorde avec ce que le répondant à des chances d’avoir. De toute manière une définition claire en pénalité ou en appel facilite la vie au partenaire et c’est un de ses gros avantages. Un tel traitement ne semblera pas optimal aux théoriciens mais il ne nécessite pas un jugement pointu, souvent indistinguable d’un pari inspiré pour s’en sortir.

Dans une autre situation courante vous avez V 10x, Vxx, Axx, Rxxx. En paires et les adversaires vulnérables le partenaire ouvre de 1P, vous faites un soutien « semi constructif » à 2P (comme dans le bridge World standard) et l’AdvG dit 3K suivi de 2 passes. Votre camp doit probablement protéger sa partielle gagnante de sorte qu’un contre de paires visant + 200 semble raisonnable surtout si votre style d’ouverture est sérieux[7]. Cependant, ce contre est-il coopératif ou pénalité ? s’il est coopératif le partenaire l’enlèvera avec singleton K et tout sera bien. Cependant combien de fois la défense gagne-t-elle quand l’ouvreur passe en confiance avec ARxxx, Axx, xx, xxx ? c’est difficile à dire. Cela dépend beaucoup du nombre de gagnantes à encaisser et du nombre d’impasses gagnantes. L’intervenant peut avoir une main solide et de la chance. Supposez que l’ouvreur ait une main moyenne : régulière de 2 à 2½ LH, un contre ressemble à un pari. Au contraire si le contre était traité en pénalité le répondant ne contrerait pas en général sans des K forts et longs, ce qui donne une meilleure assise à la défense et si le répondant peut faire un pari de paires avec 2 A et disons Vxx de K il le fera sans esquiver ses responsabilités.

En ce qui concerne les possibilités de précision, l’éditeur Rubens a proposé que le contre négatif soit prêt à accepter la transformation avec 5 atouts au niveau 1, 4 au niveau 2, 3 au niveau 3, 2 au niveau 4 et 1 au niveau 5 (la version formule est 6 – le niveau d’intervention). À bas niveau la transformation nécessite de bons atouts mais au-delà le nombre d’atouts est prioritaire parce que l’ouvreur peut rarement reparler dans une couleur 3° et survivre.

Avec cette règle, les experts qui passent sur le contre négatif de 1P avec la main 4 = 1 = 1 = 7 de l’exemple A prennent leur chance en violation de la règle alors qu’il y a une alternative acceptable. Le passe gagnera parfois mais il court un grand risque.

Voici une application plus fréquente de cette idée. Vous ouvrez de 1P avec : RDxxx, Vxx, Axx, Ax. L’AdvG dit 3C, le partenaire contre et l’AdvD passe. En accord avec la règle, sans enchère évidente, vous pouvez raisonnablement passer. Cela marchera très bien en face de (s) x, Rx, Rxxxx, Rxxxx où 3C chutera de 2 ou 3 et où 4K(dans votre meilleur fit) a des chances de chuter. Cependant en face de (t) Vx, x, RDVxx, Dxxxx un intervenant

2 = 7 = 2 = 2 gagnera 7C, 1P, et probablement 1T en supposant que l’ouvreur a l’AT.

La règle n’est pas une panacée. Si vous ne contrez pas avec la main (t) il faut faire autre chose. Ce n’est pas agréable. Non, l’important est que le répondant a une base pour juger les risques de transformation quand un contre négatif est une de ses options. C’est un moyen de définir des standards plutôt que d’avoir des exigences vagues en questionnant ensuite le jugement du partenaire. Notez aussi les relations avec les règles traditionnelles. La main (s) représente une levée d’atout probable et un misfit de la couleur d’ouverture, assez d’éléments de défense pour réduire les risques d’échec. La main (t) n’a rien de tel, ce qui rend un contre risqué ou douteux (selon votre philosophie). Évidemment, en paires, une paire peut autoriser un contre avec la main (t) et en accepter les risques en espérant que la fréquence de gain soit plus grand que celle de pertes mais au moins on sait ce qui se passe.

L’idée générale qu’un contre de type appel doit garantir une certaine possibilité de transformation en pénalité (dont le degré dépend du niveau) peut influencer les décisions des 2 côtés de la table. Supposons que l’ouvreur dise 1C et qu’il y ait intervention à 2K. Normalement le répondant avec soutien C et de la force soutien au niveau approprié. Cependant, supposez que le répondant ait D 10xx, Axx, Rxx, Dxx. Avec un bon potentiel pour SA surtout du côté du partenaire si l’ouvreur a au moins Dx à K, le répondant aimerait explorer SA et P avec un contre. Si par exemple l’ouvreur dit 3T le répondant peut corriger à C en invitation de manche et en suggérant une main plate. Et si l’ouvreur passe sur le contre ? il est censé avoir au moins 4 K corrects par exemple A, RD xxx, D 10xx, Rxx et vous avez atteint le contrat de rêve : 2K contré sera sanglant et 4C peut être battu par coupe K ou mauvais partage à l’atout. Ce qui rend possible ce résultat est que le contre négatif est bien pourvu défensivement et préparé à une transformation malgré le fit de l’ouverture. Le Rubens mathématiquement orienté a aussi un conseil pour ceci : à bas niveau, avec assez de longueur dans la couleur d’ouverture pour garantir un fit 8°, il ne faut pas faire un contre négatif avec moins de cartes dans la couleur d’intervention que dans la couleur d’ouverture.

Dans le même sens, dans le numéro de septembre 2007 Philip Martin discute ce qu’il appelle un « passe coopératif ». En IMP avec les adversaires vulnérables vous avez A 3, V 87, R 103, R 9752. Le partenaire ouvre de 1C et l’AdvD dit 2K. Plutôt que de faire un soutien invitationnel à C, tenez compte de la longueur et de la force à K et passez (en tempo). Si l’ouvreur est court à K comptez sur lui pour réveiller : s’il contre vous pouvez jumper à C en suggérant un soutien invitationnel régulier. Si le partenaire passe il a aussi des K et les adversaires sont dans un très mauvais contrat probablement avec beaucoup de chute vulnérable sans manche évidente dans votre ligne puisque les K seront coupés en jouant à C et que 3SA peut perdre même avec 2 arrêts (car c’est l’intervenant qui aura les rentrées). Le répondant peut se permettre cette tactique d’attente à cause de sa force d’atouts et de ses valeurs défensives. Même avec un fit modeste de l’ouvreur il est content d’un passe du partenaire et des perspectives de défense surtout si l’intervenant est vulnérable. Les bons scores en défense ne sont pas tous des numéros à 4 chiffres.

Conclusion

Dans les nouvelles frontières Rubens a dit du contre coopératif : « un outil inestimable pour obtenir un partenariat de coopération. Le mérite de ces contres provient de la meilleure précision des décisions courantes : reparler ou contrer ». L’auteur a présenté plusieurs séquences de fit où le contre avait besoin d’être clarifié. Le bénéfice de l’expérience des contres flous procure-t-il un éclairage ?

A 1T (1P) – (2P)//- (-) contre

B 1T (í) – (1P)//- (2P) contre

C 1T (í)íí(1P)//- (2P) contre

D 1T (1P) 1SA (2P)//- (-) contre

E 1T (1P) 2K (2P)//- (-) contre.

Il est raisonnable de définir chacun de ces contres soit pénalité soit appel. Il n’y a aucun besoin de contre « de force ». Personnellement j’étais content de tous les traiter en pénalité parce que le contre est derrière la force ou longueur principale[8], ce qui est souvent la bonne occasion de défendre. Cependant je peux voir l’utilité de traiter A et B comme appel léger, C et E comme appels forts (« informatifs »). Mais je ne vois aucun besoin de tiédir l’eau avec un message ambigu, surtout sans définition précise.

Les contres coopératifs ont proliféré à un point tel que tout joueur en tournoi, qu’il pratique ou pas, doit les comprendre ; et seul un utopiste peut chercher à remettre les pendules à l’heure dans ce domaine. Cependant exiger qu’un contre amorphe obéisse à de meilleures définitions aurait plusieurs avantages dont le plus important est celui-ci : quand vous maniez un contre coopératif votre intelligent partenaire, muni de données solides plutôt que floues aura tendance à faire le bon choix.

 

 


[1] Après 1T (-) 1C (1P)//3T (3P) ? le partenaire devrait passer avec la main (z) et c’est l’ouvreur quitte contrera DSIP, mais il dira à 4T avec la main (y). Un contre DSIP est logique avec (x).

[2] pour nous c’est un contre de fit avec réserves à cause du niveau 3.

[3] Avec le contre de fit, pas de problème : 3P avec (v), 4T avec (u).

[4] Si le contre est de fit il faut probablement passer avec cette main en espérant que N est court à K et fera quelque chose.

[5] Pour nous 3C est forcing puisque 3C immédiat sur 3T serait moins fort et NF.

[6]  Le problème de cette main est de demander à l’ouvreur de choisir sa meilleure mineure. Pour cela le contre doit dénier tout fit de l’ouverture.

[7] Avec cette main CC/PU donne 13-5=8 levées probables si le nombre de PU est 20. 2P gagne mais pas 3P. Avec 3 ¨ et cette main régulière il vaut sans doute mieux passer. Le contre serait DSIP (coopératif) et inciterait le partenaire à jouer 3P.

[8] Les exemples A-D ne peuvent pas avoir d’autre sens. Par contre E est bien un DSIP qui laisse à l’ouvreur le choix entre 3T et 3K s’il ne peut transformer en pénalité. C’est la conséquence de l’ELN à 2K.

Publié dans Convention

Commenter cet article